MATINÉE DEBAT Concilier plaisir, santé et durabilité : Quels leviers pour transformer collectivement notre alimentation ? – 6 octobre 2026

Le 6 octobre 2026, l’Institut for a Positive Food (IPF) a réuni à Paris, scientifiques, professionnels de santé et acteurs économiques autour d’une question : comment concilier plaisir, santé et durabilité pour transformer collectivement notre alimentation ? Voici les principaux enseignements de cette matinée débat. 

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1. Connaître les recommandations ne suffit pas à changer les comportements

Les repères nutritionnels sont aujourd’hui largement connus, mais leur connaissance ne garantit pas leur mise en pratique. 

Daniel Nizri, médecin cancérologue, ancien président du PNNS 4 et président du comité de suivi de la charte alimentaire de l’ARCOM, donne un exemple parlant : 77 % des adultes déclarent qu’il faudrait consommer des légumes secs au moins deux fois par semaine, mais seuls 23 % déclarent le faire. 

Cet écart entre connaissance et comportements rappelle que les choix alimentaires ne sont pas uniquement rationnels. Ils sont influencés par les habitudes, les contraintes du quotidien et l’environnement dans lequel ils s’effectuent.

L’enjeu n’est donc plus seulement d’informer, mais de comprendre ce qui permet ou empêche de passer à l’action.

2. Le « bien manger » évolue… mais ne signifie pas la même chose pour tous

Notre représentation d’une alimentation de qualité s’est profondément transformée au fil des décennies.

Pascale Hébel, Directrice associée chez C-Ways et membre du Conseil scientifique de l’IPF, montre qu’au plaisir, à la convivialité et au partage se sont progressivement ajoutées les dimensions de santé, puis plus récemment de durabilité, de fait maison, de saisonnalité et de proximité. 

Mais cette évolution n’est pas homogène. Chez les personnes confrontées à l’insécurité alimentaire, le « bien manger » reste davantage associé au fait de pouvoir se rassasier et composer un repas complet. Les personnes moins contraintes économiquement valorisent davantage le fait maison, les produits de leur jardin ou des dimensions aujourd’hui associées à une alimentation saine et durable. 

Ces différences de représentations rejoignent les constats de Nicole Darmon, Directrice de recherche honoraire INRAE et membre du Conseil scientifique de l’IPF, sur le poids des inégalités sociales et des conditions de vie dans les comportements alimentaires.

Une même recommandation ne rencontre donc pas les mêmes réalités selon les situations sociales et économiques.

Première table ronde animée par Marie-Pierre Membrives avec Daniel Nizri, Pascale Hébel et Daniel Tomé – © IPF

3. Une alimentation saine et durable doit être accessible… mais aussi désirable

Temps disponible, budget, accessibilité de l’offre, équipement, composition du foyer ou savoir-faire culinaire influencent directement les choix alimentaires.

Mais l’accessibilité ne suffit pas. Le plaisir est aussi un moteur essentiel du comportement alimentaire. Comme le souligne Daniel Tomé, Professeur honoraire de nutrition humaine et Président du Conseil scientifique de l’IPF. Il rappelle ainsi la nécessité de penser ensemble nutrition, santé et plaisir

Les échanges ont ainsi fait ressortir deux chantiers complémentaires : rendre les choix favorables à la santé et à la durabilité plus accessibles, mais aussi plus désirables. 

Un constat encourageant accompagne cette évolution : selon Pascale Hébel, santé et plaisir ne sont aujourd’hui plus nécessairement perçus comme opposés. 

4. Encourager plutôt que culpabiliser

Promouvoir une alimentation favorable à la santé ne signifie pas multiplier les interdits, les peurs, ni opposer systématiquement les « bons » et les « mauvais » aliments.

Philippe Legrand, Directeur du laboratoire de biochimie et nutrition à Agrocampus-Ouest et membre du Conseil scientifique de l’IPF, invite à remettre au centre les notions de quantité, d’équilibre global, de diversité et de contexte, en insistant sur la nécessité « d’éviter les excès et les évictions » et « d’éduquer à la dose ». 

Cette approche rejoint une préoccupation largement partagée pendant la matinée : éviter qu’une accumulation de normes et d’injonctions rende l’alimentation anxiogène ou culpabilisante.

L’enjeu est de proposer des repères compréhensibles, positifs et surtout adaptés aux différents publics.

Deuxième table ronde animée par Clémentine Hugol-Gential avec Nicole Darmon, Agathe Grossmith et Philippe Legrand © IPF

5. Agir sur les environnements dans lesquels les choix alimentaires se font

Le consommateur ne peut pas être considéré comme seul responsable de ses choix. L’offre disponible, les prix, la mise en avant des produits, les outils d’aide au choix ou encore les environnements numériques façonnent directement les comportements.

Agathe Grossmith, Directrice de projets RSE chez Carrefour, a notamment présenté des outils intégrés au parcours d’achat capables d’accompagner le consommateur au moment même où il fait ses courses et de lui proposer simplement des alternatives, y compris à prix équivalent. 

Les environnements numériques constituent également un enjeu croissant. Clémentine Hugol-Gential, Professeure des universités en Sciences de l’information et de la communication, rappelle que 52 % des 15-24 ans se tournent d’abord vers les réseaux sociaux lorsqu’ils recherchent une information sur l’alimentation. 

Ces espaces peuvent être des lieux de découverte, de transmission et de plaisir, mais leurs formats courts et leurs logiques commerciales rendent aussi plus difficile la diffusion de messages nuancés sur l’alimentation durable. D’où la nécessité de renforcer l’éducation aux médias et à l’information, mais aussi de réfléchir à leur encadrement. 

Pour accompagner réellement les comportements, il faut agir là où les choix se font.

6. La transformation alimentaire ne peut être que collective

Aucun acteur ne peut porter seul la transformation de notre alimentation.

Pouvoirs publics, industriels, distributeurs, chercheurs, associations, professionnels de santé, acteurs de l’éducation, familles et citoyens ont chacun une part à jouer.

Les échanges ont notamment souligné le rôle essentiel des acteurs de terrain et la nécessité de mieux valoriser les initiatives qui fonctionnent, de partager les bonnes pratiques et de faciliter leur déploiement dans d’autres territoires. 

La coopération entre entreprises, distributeurs et autres acteurs des filières a également été identifiée comme un levier puissant pour faire évoluer l’offre et les pratiques. Le portage politique et le rôle des pouvoirs publics restent indispensables pour donner une impulsion, investir dans la prévention, réduire les inégalités et créer un cadre favorable au changement.

La matinée a ainsi fait émerger une conviction commune : la responsabilité est partagée et la transformation doit se construire ensemble. 

La transition vers une alimentation plus saine et durable ne pourra être que collective.